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C’est à l’occasion du concert d’Oxmo Puccino organisé par l’association L2H avec la collaboration de l’Autre Canal que nous avons rencontré le groupe parisien « Phases Cachées ». Ils ont donc accepté de répondre à quelques-unes de nos questions, juste avant d’aller enflammer la scène de l’autre canal pour la première partie du grand Black Jacques Brel.

 Si nous devions parler de ces jeunes artistes en quelques mots, nous dirions que c’est un groupe du « no man’s land » pas vraiment du rap, ni vraiment du reggae, il se détache des étiquettes que l’on impose trop souvent aux artistes, mais s’il fallait les ranger dans une case se serait celle des passionnés.

C’est donc en fin d’après-midi que je rejoins la joyeuse bande de « Phases Cachées ». Une journée jusque là bien grise dans notre belle vie de Nancy. Mais aujourd’hui les jeunes artistes apportent un peu de couleur à notre cité monochrome et c’est avec le sourire qu’ils nous accordent un peu de leur temps, pour nous parler d’eux et de leur nouvel album qui sort prochainement.

 

1)    Pour commencer, pouvez-vous vous présenter ?

 Cheeko : Tout d’abord, notre groupe c’est « Phases Cachées », nous sommes originaires de Paris. Nous sommes trois MC, Volodia, D’Clik, moi-même et Dj Kash, qui se cache là-bas, justement il porte bien son nom (Rire…)

 

 

2) Aujourd’hui vous faites la première partie d’Oxmo Puccino, comment avez-vous eu cette opportunité ?

D’Clik : C’est grâce à Louis, qui était l’assistant du manager d’Oxmo, il a pu lui faire écouter nos sons… Visiblement ça lui à plu, ça nous a permis d’entrer dans la petite liste des premières parties, aujourd’hui c’est la deuxième. Hier nous avons fait Strasbourg, et il y en aura une troisième à Angoulême… on espère que ça va continuer comme ça.

 

3) Vous êtes un groupe indépendant à 100%. Quels sont les avantages et les inconvénients ?

Volodia : Déjà on fait tous nous-mêmes donc l’avantage est que personne n’a la main mise sur notre musique et sur ce que l’on a envie de faire artistiquement. Et puis les inconvénients, il faut se battre, faut aller sur le front. Mais est-ce que c’est un inconvénient ? On est aussi bien entouré, d’une équipe d’amis qui nous aide et qui nous pousse.

Cheeko : Je pense que récemment on a passé un petit cap dans l’indépendance, ça fait sept ans que l’on se connait avec l’équipe, que l’on fait du son ensemble, on a toujours fait les sons dans la chambre de volo. D’Clik avait souvent un œil derrière la caméra, moi je m’occupais un peu de la communication et de la paperasse. On a économisé par la suite pour pouvoir produire le nouvel album dans un beau studio, donc on a déjà fait la démarche d’aller chercher quelque chose de meilleure qualité, dans ce sens-là on essaye d’avancer autrement. Maintenant on est aussi bien entouré et puis tout récemment on a signé dans un label inde (Baco Records, monté par le groupe Danakil). Et ça aide de savoir que pendant que toi tu bosses, tu répètes y a des gars qui sont en train de passer des coups de fil, qui parlent de toi…

D’Clik : On se repose un peu plus sur eux…

Cheeko : on sait que maintenant on peut compter sur d’autres gens pour avancer et dans ce sens-là on passe un cap dans l’indépendance.

Volodia : On aurait pas pu aller plus loin, juste nous trois, au bout d’un moment on n’a pas toutes les compétences pour.

D’Clik : On est arrivé à un stade ou l’on voulait plus de choses et ça a dépassé ce que nous on était capable de faire aussi.

 

4) Vous avez participé au Festival Emergenza qui est un festival réservé aux groupes (musiciens et chanteurs). Comment ça c’est passé pour vous ?

Cheeko : A cette époque je voulais placer le groupe un peu partout, on était à fond (rire…) ! Emergenza nous a recontacté suite à un dossier que l’on a envoyé. On pouvait y participer sous condition que l’on aie au moins trois musiciens. A cette période on aimait tout ce qui était Hocus Pocus, Beat Assaillant. Les mecs qui rappent, ils arrivent avec un gros Live Band, ils sont dix derrière et ça envoie. Du coup on est arrivé, on était douze sur scène, on a eu la chance d’arriver jusqu’au bout et voilà on a pu faire un petit concert en Allemagne, ça nous a donné une expérience des belles salles et du travail avec les musiciens.

Volodia : Par la suite on s’est retiré de ça car on était de moins en moins dans l’écriture et on voulait revenir sur un coté un peu plus hip-hop.

 

5) Ce festival vous a ouvert des portes par la suite ?

 Cheeko : oui et non !

Volodia : ça nous a forcé à faire notre propre promo, le système du festival c’est d’avoir le plus de gens qui votent et tu passes à l’étape suivante. Le fait que l’on ait des échéances aussi à respecter à chaque à fois, on avait des concerts à tel date il fallait que l’ont bosse dessus…

D’Clik : oui et non parce qu’une fois que l’on était douze et que le festival était fini, pour retrouver des dates avec un groupe de plus de douze personnes, ce n’était pas possible ! Puis on s’est remis en studio, on a bossé tous les trois et c’est là que l’on a fait la mixtape « Phases B » et après on a enchaîné sur l’album.

Cheeko : Mais du coup, Emergenza ce n’est pas tellement ce que ça t’apporte en terme de « tu as gagné tu as perdu » ou alors « tu fais un maximum de dates »….etc. Avec le Live band pendant un an toutes les semaines on était en studio de répèt’, ont essayé de composer de nouveaux morceaux parce que les dates nous tombaient dessus et on n’avait pas envie de rejouer les mêmes morceaux. Le truc, c’est qu’il faut que les gens sachent que l’on n’est pas arrivé comme un groupe qui faisait déjà ses chansons ! On avait pas de chansons avec le Live band on avait que des trucs que l’on avait fait de notre côté et donc voilà, première date, tel jour « on fait quoi comme nouveaux morceaux ? » Résultat, le fait d’être toutes les semaines avec les gars à bosser, à faire aussi notre propre communication pour ramener du monde, ça nous a apporté une mentalité qui je pense est importante dans la musique.

 

6) Vous avez envie de retourner à ce style trois MC et un Live band ?

 D’Clik : Surtout quand on voit le concert d’Oxmo avec quatre, cinq musiciens et que ça cartonne ! Oui ca donne envie. Après on ne repartira pas dans un truc énorme, mais être sur scène avec des musiciens derrière c’est encore plus kiffant.

Cheeko : cela apporte une grosse liberté.

Volodia : Pour le moment ce n’est pas en projet, on est pas mal sur l’album.

 

7) Volodia, ton univers musical se rapproche plus du reggae! Qu’est ce qui t’as  attiré dans le rap ?

Volodia : Déjà avant de connaitre les gars du groupe, j’écoutais un peu de hip-hop, mais plus de groupes comme Hocus Pocus ou Saïan Supa Crew.

Par la suite j’ai rencontré Cheeko et D’Clik, ils m’ont apporté une culture musicale hip-hop que je n’avais pas. Aujourd’hui j’accroche pas mal avec Oxmo, dernièrement Nemir…puis s’est venu aussi avec tout ce coté Freestyle qui fait partie du rap. Quand j’étais plus jeune j’avais un groupe ska-reggae, c’était plus en mode guitare. « Phases Cachées » m’a permis d’avoir une technique d’écriture que je n’avais pas avant et puis le coté où tu rejoins tes potes le soir et tu grattes des textes. C’est tout ça qui m’a attiré dans le rap.

Volodia - BAF - Crédits Monsieurtok

 

8) Et pour vous, Cheeko et D’Clik, qu’est ce qui vous à attiré chez Volodia et qu’est ce qu’il apporte à votre rap?

D’click : On peut aller plus loin dans les refrains, les harmonies, ça fait aussi notre identité. Et ça parle à plus de gens.

Cheeko : Tu ne penses plus les morceaux de la même façon, avec D’Clik on est très rap et ce n’est pas qu’il y avait de la compétition entre nous, mais quand tu arrives avec ton couplet tu te dis « ouais j’ai tout défoncé ! Mon couplet est mieux que le tiens » (rire…). C’est plus du tout ça maintenant, y a pas de courses au meilleur couplet. On réfléchit les morceaux autrement, on les pense plus comme un groupe et on se dit voilà sur 4min quelle est la place de chacun, le refrain ça va pourvoir amener cela et là on va pouvoir faire un break…etc. Ca t’ouvre l’esprit au niveau de la musicalité.

 

 

9) Et quand le groupe s’est lancé avec Volodia, c’était votre objectif : vous créer une identité reggae-hiphop ?

Volodia : Ce n’était pas prémédité du tout, je devais faire un petit son avec eux et au final je suis rentré dans le groupe. Je les ai rencontré deux semaines avant notre premier concert à la fête de l’huma’ sur un petit stand. Tout s’est fait naturellement, le feeling est vraiment bien passé.

Cheeko : On s’est connu comme des potes avant tout ! C’est cool que l’on fasse du son ensemble ! Au départ avec volo’ on s’est rencontré en vacances…on ne lui a pas dit « vas-y on a besoin d’un chanteur reggae pour ouvrir notre rap… »

D’Clik : on ne savait pas vraiment où on allait au début.

Cheeko : Et puis avec le temps, tu essayes, tu fais des trucs. On a fait une première mixtape qu’il ne faut plus jamais écouter (Rire…). Ensuite nous avons enchaîné sur une deuxième mixtape, puis on a joué avec les musiciens, on se trouve petit à petit…

Volodia : aujourd’hui on est à peu près bon par rapport à notre album, mais on se remet souvent en question et c’est ce qui fait que l’on évolue tout le temps.

 

10) Dans quel état d’esprit êtes-vous quand vous écrivez vos textes ?

 Volodia : la plupart du temps on se donne un thème et après chacun apporte un petit peu d’idée, mais souvent chacun écrit son couplet de son coté. Après il y a des morceaux qui sont écris sur le vif.

Cheeko : Oui comme des morceaux « Sous pression » où on avait l’instru depuis longtemps. D’Clik nous a proposé une idée de départ et voilà, il suffit que l’un de nous se motive et on se lance directement dans l’écriture. Ou alors « Des Pesos pour mes soss’ » je voulais faire un morceau qui parle d’argent, ensuite on essaye tous de développer autour de ça. Après quand tu es en studio, ça vient comme ça aussi…

Volodia : Au final on n’a pas de technique prédéfinie, on se donne des axes et il faut que tout soit clair pour tout le monde.

Cheeko : Ce n’est pas facile quand tu débutes avec ton groupe, il faut parfois remettre en cause les morceaux de ton pote…aujourd’hui on est capable d’intervenir après écriture sur les morceaux des autres.

Cheeko - BAF - Crédits Monsieurtok

11) Vous nous avez annoncé sur les réseaux sociaux la sortie de votre premier album « Boule à Facettes ». Vous y invitez des artistes de qualité comme Milk Coffee and Sugar et Toki Wright. Ce sont des artistes qui se démarquent bien de la masse musicale qu’est le rap aujourd’hui, c’est une raison pour laquelle vous les avez choisis ?

 Cheeko : y a rien de vraiment choisi.

D’Clik : on les a rencontré et il y a eu un bon feeling. Après oui on a cherché d’autres choses aussi…

Cheeko : Les feats du moment c’est bien, car tout le monde en parle…etc, mais nous ça ne nous intéresse pas. Depuis le début de notre groupe on est un peu en marge, déjà le fait d’avoir Volo’ on sait que l’on fait un truc que les gens perçoivent différemment qu’un nouveau rappeur comme il peut en apparaitre aujourd’hui. Et par exemple Toki Wright on ne lui a pas envoyé de mail, on l’a croisé à Paris, on a passé la journée ensemble, trainé chez nous, « dépanné » un DJ pour son concert (DJ Bronski, large up !), ça c’est super bien passé ! Et si c’est original tant mieux.

 

  12) Votre Album est produit dans le label de Danakil « Baco Records ». Pourquoi ce label ?

 Cheeko : Le label est venu vers nous, car on avait des amis en commun.

Volodia : Il voulait développer un projet Hip-hop et on correspondait à ce qu’il recherchait, on s’est bien entendu avec eux et on est s’est lancé dans l’aventure.

D’Clik : Ce qui est intéressant avec Danakil c’est qu’ils partent souvent en tournée, ils cherchent aussi des groupes à balancer sur les routes. Nous c’est ce qu’on recherche aussi. Quitte à se qu’on ne signe pas dans un truc spécialisé rap ou quoi on s’en fout. Déjà humainement ça passe vraiment bien, on arrive aussi à garder notre ligne directrice et parler de nos envies.

Cheeko : Déjà c’est un groupe et ça fait aussi toute la différence, le label ce n’est pas un mec qui gère tout ça derrière son bureau et qui ne sait pas vraiment ce que sait que d’être sur la route. Le label est cogéré par l’équipe de Danakil et du coup toutes ses décisions se prennent en équipe, les mecs sont des musiciens qui sont passés par les mêmes étapes que nous, il y a un donc un socle commun qui fait que c’est plus facile de s’entendre, c’est plus agréable.

 

13) Vous pensez que ça peut vous éloigner du « monde musical » Hip-hop que de signer dans un label qui vient d’un univers différent ?

 D’Clik : s’éloigner non et ce n’est pas ce qu’on cherche. Ensuite nous avec notre côté rap on se rapproche pas mal du public Hip-hop mais ça ne nous empêche pas de jouer sur des festivals différents. Et je pense que l’on a plutôt intérêt à sortir de là et à ce qu’on nous perçoive comme un groupe avant tout plutôt qu’un groupe de rap.

Volodia : C’est la musique qui est le plus important, pas le label et tout ça va dépendre de notre futur tourneur. On a notre place que ce soit dans l’univers hip-hop ou le reggae et ailleurs.

Cheeko : Avec le groupe c’est constamment le grand écart, j’apporte un côté très rap, Volo’ apporte un côté très reggae et D’Clik se retrouve parfois entre les deux. Le beatmaker qui a fait tout l’album est un mec du Luxembourg qui s’appelle S.E.B, c’est un gars strictement hip-hop dans la culture du digging et sampling, mais à côté de ça on évolue dans un label reggae et on fait intervenir des musiciens sur l’album…

D’Clik : Tu peux autant nous voir dans une soirée Sound system reggae que sur un plateau Hip-hop. Si on peut jouer sur plusieurs tableaux tant mieux.

D'Clik 2 - BAF - Crédits Monsieurtok

 

13) Que pouvez vous me dire de plus sur votre album ?

 Volodia : Tout l’artwork a été fait par Nicolas Bellet aka Monsieurtok et c’est important de le citer car il à fait du bon boulot. Il a amené un bon univers autour du titre qui est « Boule à facettes ».

Cheeko : L’album a été produit dans de très bonnes conditions aussi, le son est de bonne qualité et ça fait vraiment plaisir. L’ingé son avec qui on a bossé a vraiment fait ça bien (un mix de qualité)… On a déjà dit qui seront les feats, et vous pourrez avoir toutes les infos en live sur nos pages fb / twitter !

 14) Le titre est assez original ! Qu’est ce qu’il signifie ?

 Volodia : C’est toutes les différentes facettes que l’on peut avoir dans notre musique, le fait de toucher à plusieurs styles différents. Puis d’un point de vue plus personnel sur ce que l’on fait pour le groupe, qu’est ce qu’on apporte…

Cheeko : C’est joli une boule à facette, c’est con mais c’est un bel objet, ça brille (rire..)

D’Clik : Ce n’est pas un album de disco ! (rires..)

Cheeko : Ca donne une vraie ligne directrice à l’album, on a des morceaux très hip-hop, d’autre un peu plus reggae, plus énervés et aussi des sonorités plus électroniques. Dans nos textes aussi on dit plus de choses, pas que d’habitude on fasse du rap inconscient mais là c’est différent. On est allé chercher des choses là ou les gens ne s’y attendent peut-être pas non plus. Y a plein de choses vraiment. Et puis l’univers visuel de l’album et vraiment intéressant avec des jeux de lumière.

 14)  Est-ce qu’on aura le droit à une petite édition vinyle pour l’album ?

 Volodia : Financièrement si c’est possible.

Cheeko : ça nous ferait plaisir ouais, rien que pour l’objet et la qualité du son n’est pas la même sur un vinyle.

Skeud-Dealers : Donc cet album sort le 27 mai, vous pouvez le trouver partout !

Cheeko : Sur le site officiel,  chez tous les disquaires qui n’ont pas encore coulé (tenez bon !). Dans le métro si tu nous croise on en aura forcement dans notre sac.

15) Le petit mot de la fin ?

Cheeko : 27 MAI DANS LES BACS BÉBÉ ! Merci à Skeud-Dealers pour l’interview et à ceux qui nous suivent… RDV sur les routes !

 

→ Page facebook : Phases Cachées

→ Photographies : MonsieurTok

→ Retrouver les sons de Phases Cachées sur notre chaîne Youtube

→ Boule à Facettes vue par Le gouvernement !

 

By Solène.

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